Au nom du Sang
Je suis née et j’ai grandi à louga. J’y ai fait mes études jusqu’au BAC pour après partir les poursuivre en France. Militante féministe, Co-chargée de communication du réseau des féministes
du Sénégal, réalisatrice, comédienne voix off, actrice, le cumul de fonctions est autorisé chez les artistes (rires). Je suis maman, soeur, amie, collègue. Je suis citoyenne sénégalaise une patriote à tous les niveaux.
Parcours
J’ai eu mon BAC au lycĂ©e Malick Sall de Louga, je suis par la suite partie en France pour mes Ă©tudes supĂ©rieures en communication des entreprises. J’ai vĂ©cu 7 ans en France avant de revenir au SĂ©nĂ©gal après un mariage et un enfant pour tenter l’aventure locale. Une fois au SĂ©nĂ©gal, j’ai pu occuper des postes de responsabilitĂ© dans diffĂ©rentes structures de communication avant de
rejoindre l’Ă©quipe de LEUZMEDIA en tant que rĂ©gisseuse. C’est lĂ que dĂ©bute ma carrière audiovisuelle. Je suis passĂ©e de rĂ©gisseuse Ă assistante de production puis assistante rĂ©alisatrice. En 2016, j’ai fait une pause pour aller me former en rĂ©alisation car le mĂ©tier me plaisait et j’avais envie de « raconter des histoires », j’avais des choses Ă dire et je voulais les dire selon moi, ma sensibilitĂ©, mon engagement. Leuz m’a transmis le virus et m’a poussĂ©e vers cette carrière qui m’attendait.
Après LEUZMEDIA, j’ai intĂ©grĂ© Bennett Africa, une agence de communication en tant que conceptrice/rĂ©dactrice de messages publicitaires. Avec mon background de comĂ©dienne voix off,
j’Ă©crivais les spots tĂ©lĂ© et radio de plusieurs marques de la place.
En 2021, après 3 annĂ©es passĂ©es Ă Bennett, j’avais envie de voler de mes propres ailes, et travailler Ă
mon compte. « Faire mes choses » comme je le dis souvent. Ă€ vrai dire, j’ai un vrai problème avec la
hiérarchie (rires).

Le studio Lalia Production est alors né. Lalia Production produit du contenu pour les entreprises, les ONG mais surtout les organisations de défense des droits des femmes et des jeunes filles. Nos contenus vont de la rédaction à la production de contenus audio (podcast), vidéo (film
d’entreprise), spots radio et télé. Lalia Production a produit mon dernier courtmétrage « Au Nom Du Sang ».

Mon Envie de faire du cinéma
Leuz m’a donnĂ© envie de faire du cinĂ©ma pour faire court. Il m’a inculquĂ© les valeurs
artistiques d’un rĂ©alisateur, il m’a poussĂ© Ă aller me former mais c’est Bineta Niang, manager de Bennett Africa, qui m’a poussĂ© vers les portes de l’entrepreneuriat culturel. Quand j’ai pensĂ© acquĂ©rir assez d’expĂ©rience pour travailler Ă mon compte, je n’ai pas hĂ©sitĂ© Ă crĂ©er ma boĂ®te et y concentrer toute mon Ă©nergie.
Trois mots qui définissent ma vision du cinéma
La créativité
L’engagement
La résilience
Au nom du Sang n’est pas mon seul court métrage
« Au Nom Du Sang » est mon troisième court mĂ©trage. Mon premier court mĂ©trage, « Mon combat », rĂ©alisĂ© dans le cadre du Kino de Bamako en 2018, raconte l’histoire de Korka, une jeune Malienne promise au fils de l’ami de son père, mais elle voit son avenir ailleurs que dans un foyer Ă seulement 14 ans. Elle souhaite poursuivre ses Ă©tudes et devenir une femme respectable au Mali, puis choisir
son mari. Ă€ travers ce film, j’ai voulu donner la parole aux jeunes filles, leur montrer qu’elles
peuvent avoir des choix différents de ceux que la société a tendance à leur imposer, choisir leur voie et façonner leur avenir. « Dame Nature » est mon deuxième court métrage réalisé dans le cadre de l’atelier « American Film Showcase ». J’ai personnifié « Dame Nature », je l’ai fait descendre sur
terre pour régler ses comptes avec l’humain. Pour moi, le respect de l’environnement passe aussi par l’engagement des femmes.
Arrive alors « Au Nom Du Sang » en janvier 2024. Le film raconte une histoire de viol qui se passe dans une famille polygame le jour de la Tabaski. Un projet qui a longtemps dormi dans mes tiroirs avant d’être porté à l’écran par une équipe de techniciens du cinéma sénégalais. Nous l’avons
tourné pendant 7 jours avec la participation de tous. Étant une jeune boîte, c’était difficile de supporter toutes les charges mais j’ai pu compter sur l’appui d’amis, de frères et soeurs bien plus que bienveillants pour arriver à un tel résultat. Après le tournage vient alors la post-production
qui est l’une des étapes les plus longues et les plus périlleuses. Grâce à l’accompagnement du centre Yennenga d’Alain Gomis, le film a pu bénéficier de l’expertise de monteurs, étalonneurs, mixeurs qualifiés. Et nous sommes aujourd’hui très fiers du résultat.
Si je me sens a ma place en tant que réalisatrice
Oui, je me sens parfaitement Ă ma place. Je suis bien assise, j’occupe la place que j’ai
choisie. Les questions de genre se posent aussi dans le cinĂ©ma, mais il faut avoir confiance en son talent, avoir l’audace de l’affirmer, le courage de se battre, la rĂ©silience, rien n’y est donnĂ©. Je me suis battue comme tout le monde pour occuper cette place. Je me suis challengĂ©e, je me suis
mise Ă l’Ă©preuve pour dans un premier temps savoir jusqu’oĂą je peux aller avec mes maigres moyens mais aussi ce que je reprĂ©sente dans ce milieu. L’humain occupe une place très importante dans ma carrière. «Au Nom Du Sang » est une expĂ©rience purement humaine.
Comment je porte cette “responsabilité” de faire partie du renouveau du cinéma de genre au Sénégal et en Afrique ?
Je dirai plus tôt une fierté. Je suis fière de faire partie de cette génération de femmes qui trouve sa place dans et ce à différents postes: à la réalisation, au son, au montage, au scénario, à la production ect…. J’espère juste pouvoir compter encore plus de femmes dans le cinéma. Le cinéma africain avait besoin de vent de fraîcheur que les femmes apportent sur la table. Nous sommes parti prenante d’une industrie cinématographique qui se met en place petit à petit en Afrique. Une grande responsabilité que je porte avec fierté et lucidité.
Ce qui m’a le plus marqué dans ma carrière
Mon expĂ©rience au Mali m’a beaucoup marquĂ©e. Je suis arrivĂ©e dans une famille Bambara, qui ne parlait pas français et, par la force des choses, j’ai rĂ©ussi Ă tourner un
film dont je ne comprenais mĂŞme pas la langue. « Cette famille m’a vu dĂ©barquer devant son portail avec un short, un dĂ©bardeur, des looks que ses femmes ne portent pas d’habitude, mais elle m’a accueillie, m’a installĂ©e confortablement et m’a ouvert son coeur. Je n’oublierai jamais Baba, Saly, Ibrahim SamakĂ©, Maa. Cette famille m’a tout donnĂ© sans mĂŞme s’en rendre compte. »
Quels conseils pour les filles
Si j’ai un conseil Ă donner, c’est de croire en soi, en son talent, ses capacitĂ©s et de tout faire pour Ă©voluer dans un environnement sĂ»r avec des gens qui vous aiment et qui sont prĂŞts Ă tout pour vous voir Ă©voluer, vous Ă©panouir. L’épanouissement est un Ă©lĂ©ment fondamental dans la vie d’une femme, peu importe son mĂ©tier. Faites-vous plaisir, prenez du plaisir dans tout ce que vous faites, aimez-vous, souhaitez-vous le meilleur et travaillez pour.
Mon mot de la fin
Merci à Fatou Badji pour sa bienveillance constante, sa sororité. Depuis que je la connais, elle ne cesse de me booster, d’être une grande soeur couveuse. Merci pour son engagement pour la cause des femmes et des jeunes filles. Mes hommages à toutes les militantes qui se battent pour un meilleur avenir pour les femmes et les jeunes filles au Sénégal. Merci d’exister.